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Pays exotiques : un voyageur prévenu en vaut deux

Vacances et Tropiques... Voilà deux mots magiques qui résonnent à nos oreilles et nous laissent souvent rêveurs. Mais chaque année, plusieurs millions de personnes passent du rêve à la réalité pour s’offrir une escapade exotique. Se délasser sous les cocotiers, remonter le temps dans les pyramides de Kheops ou de Khephren, s’émerveiller devant la faune et la flore africaines ou suivre les traces des conquistadors en Amérique du Sud : chacun peut y trouver son compte... mais aussi subir quelques mésaventures ! Partir à la découverte de la planète n’est pas une mince affaire et nécessite une bonne connaissance des risques sanitaires : suivez le guide Pharmélia !


Le paludisme : premier danger

Partir le cœur léger, découvrir des lieux inconnus et revenir les yeux pleins de souvenirs... On aimerait que les voyages en terres tropicales se déroulent toujours aussi simplement. Oui mais voilà : les espaces tropicaux, aussi attirants soient-ils, sont également difficiles à vivre et parfois dangereux.

L’une des affections les plus graves que l’on risque de rencontrer est le paludisme : première maladie d’importation chez le voyageur, elle est transmise par les piqûres de moustiques anophèles dont on recense une soixantaine d’espèces capables de véhiculer les parasites responsables de la maladie. Ces moustiques sévissent dans les régions chaudes et humides ; ils touchent entre 300 et 500 millions de personnes chaque année, provoquant plus de deux millions de décès par an (dont 1 million d’enfants de moins de 5 ans, majoritairement en Afrique). En France, on doit déplorer chaque année une quinzaine de décès...

Il est donc indispensable de connaître les zones et les périodes à risque : la maladie se localise essentiellement en Afrique intertropicale, en Amérique centrale, en Asie du Sud-Est et dans le bassin amazonien.

Par conséquent, naviguer le long de l’amazone - le fleuve le plus puissant du monde par son débit et par son étendue (11 fois la superficie de la France) - à travers le Brésil, le Pérou, l’Équateur, la Bolivie, la Colombie, la Guyane et le Venezuela impose une certaine prudence. Prudence à l’égard de cette nature qu’il faudrait mieux respecter (chaque année un espace forestier équivalent au territoire suisse est détruit en Amazonie) mais aussi respect des règles sanitaires de prévention : puisqu’il n’y a pas de vaccin, la lutte contre le paludisme repose sur une prévention rigoureuse.

Prendre un traitement préventif...

La protection face au paludisme associe la défense contre les piqûres de moustiques et la prise d’un traitement préventif appelé chimioprophylaxie. Les molécules utilisées dans le cadre de ce traitement varient selon différents critères :

- votre profil personnel : âge, antécédents médicaux, prise d’un autre traitement, etc. Beaucoup d’antipaludiques sont par exemple contre-indiqués chez les femmes enceintes : c’est pourquoi les voyages en zones de risque leurs sont fortement déconseillés (danger d’accouchement prématuré ou de fausse couche) ;

- la saison durant laquelle s’effectue votre séjour : la saison des pluies étant particulièrement dangereuse dans certains pays ;

- la durée et les conditions du voyage : si le séjour n’excède pas 7 jours, un traitement préventif n’est pas toujours nécessaire dans les zones de faible transmission (à condition de s’assurer de bonnes mesures de protection contre les piqûres et de prévoir un accès rapide à d’éventuels soins médicaux au retour)

- la région visitée : la menace de transmission et la résistance du paludisme (appelée chloroquinorésistance) est variable selon les pays et les régions.

Le traitement doit donc s’adapter à ces différentes contraintes : il est indispensable de se rendre chez son médecin pour se faire prescrire un traitement préventif approprié contre le paludisme.

Renseignez-vous bien avant votre départ pour avoir le temps de mettre en place une prévention efficace. Votre pharmacien vous donnera ensuite tous les conseils d’utilisation : sachez par exemple que le traitement doit débuter avant le départ, être poursuivi pendant tout le séjour ainsi qu’après le retour (pendant quelques semaines).

...et se protéger contre les moustiques

Avec ce traitement préventif, il est aussi impératif de se protéger des piqûres des moustiques. Ces derniers piquent essentiellement entre le coucher et le lever du soleil, mais aussi pendant la journée dans les régions où ils sont nombreux et agressifs. Certaines mesures de prévention sont donc incontournables :

- il faut d’abord porter des vêtements protégeant tout le corps, y compris les bras et les jambes (pantalons longs, manches longues, chaussettes, etc.) Les vêtements et les chaussettes doivent être enduits d’insecticides par pulvérisation ou par trempage ;

- utiliser aussi des répulsifs cutanés : enduisez les parties du corps non couvertes par les vêtements avec des sprays, des crèmes, des lotions ou des gels efficaces. Il est important de renouveler l’application régulièrement car la durée d’action est réduite (à cause des frottements, des conditions climatiques, etc.) ;

- limiter les balades nocturnes et passer la nuit sous des moustiquaires imprégnées d’insecticides. Efficaces plusieurs mois, celles-ci possèdent un effet dissuasif qui limite l’entrée des moustiques, les fait fuir ou tuent les plus téméraires d’entre eux (des moustiquaires préimprégnées sont disponibles en pharmacie). L’imprégnation des rideaux et des tentes est également une bonne mesure de prévention.

Conseils aux jeunes baroudeurs

En plus des maladies contre lesquelles il faut les vacciner, les principaux dangers pour les enfants qui voyagent sont le coup de chaleur et la déshydratation (qui reste la deuxième cause de mortalité après l’accident de voie publique) : faites boire régulièrement vos enfants et limitez les expositions au soleil (jamais d’exposition aux enfants de six mois et toujours avec une crème solaire, un chapeau et des lunettes pour les autres).

En cas de fièvre

Le paludisme débute généralement par une fièvre : dans les semaines qui suivent un voyage en zone de risque, c’est un symptôme qui doit vous conduire sans tarder à consulter un médecin. La fièvre s’accompagne de douleurs abdominales, musculaires et articulaires, de nausées et de vomissements, de diarrhées et de maux de tête contre lesquels votre médecin décidera du meilleur traitement.

Faites la mise À jour de vos vaccinations !

Avant de partir dans un pays tropical, renseignez-vous auprès de votre pharmacien pour connaître tous les risques sanitaires. Il est indispensable de penser à vos vaccinations trois mois avant le départ : trop de voyageurs partent encore sans être suffisamment protégés ! (souvent par ignorance ou par manque de temps).

Et si vous aimez les voyages avec départ à la dernière minute, tenez à jour vos vaccinations !

La mise à jour commence par le contrôle des vaccins fondamentaux dont le rappel est nécessaire tous les dix ans (tel que le tétanos ou la poliomyélite) ; ensuite un programme de vaccination doit être établi selon la destination et les conditions du séjour (le vaccin contre la méningite est par exemple exigé par l’Arabie Saoudite aux pèlerins de la Mecque). En plus de la vaccination contre la fièvre jaune, les vaccins contre la diphtérie, l’hépatite B et la tuberculose doivent être à jour pour tous les voyageurs.

Les vacances et les séjours répétés dans des pays à faible niveau d’hygiène nécessitent aussi une vaccination contre l’hépatite A et la fièvre typhoïde qui sont encore trop fréquents dans beaucoup de pays en voie de développement (ces maladies se transmettent essentiellement par ingestion d’eau souillée ou d’aliments contaminés).

Pour les voyages en Asie, un vaccin particulier est également à faire contre l’encéphalite japonaise. Transmis à l’homme par les moustiques, cette infection provoque la mort du quart des personnes touchées. Le vaccin concerne toutes les personnes résidants plus de 15 jours dans les zones rurales (notamment près des rizières) : la vaccination doit être faite au moins 10 jours avant le départ.

La fièvre jaune

Transmise par les singes aux hommes (par l’intermédiaire des moustiques), elle débute - comme son nom l’indique - par une fièvre d’apparition brutale. Cette phase dure de 3 à 4 jours et elle s’accompagne de diarrhées, de vomissements parfois sanglants, de maux de tête et d’une soif intense. Puis, après un répit de quelques heures, c’est le début de la deuxième phase. La fièvre remonte rapidement et - dans la moitié des cas les plus sévères - conduit à la mort (au bout de 10 jours).

À la lumière des ces informations, inutile de vous préciser que le vaccin est obligatoire avant de se rendre dans les pays concernés d’Afrique (par exemple le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Mali, le Niger) ou d’Amérique du Sud, dont notamment la Guyane : les randonnées en pirogues ou à pieds à travers la forêt guyanaise (recouvrant 94 % du territoire guyanais), le long de la rivière Acarouany ou sur la montagne des singes méritent bien cette prudence essentielle

La vaccination contre la fièvre jaune est délivrée dès l’âge de 6 mois, et elle est d’autant plus indispensable qu’il n’existe pas de traitement efficace contre celle-ci.

Effectué dans des centres agréés au moins 10 jours avant le départ, le vaccin permet d’obtenir le certificat international de vaccination exigé par les pays concernés.

Le poisson : Attention aux intoxications alimentaires !

La consommation de poisson n’est pas sans risque sous les tropiques car il existe quelques dangers spécifiques liés à certains parasites transmis par les poissons. Ainsi la plupart des poissons de consommation courante peuvent être touchés (les maquereaux, harengs, morues ou saumons) par l’anisakis. Cette larve vit dans l’estomac de mammifères marins tels que les dauphins ou les baleines (ce qui lui vaut le nom d’ascaris de la baleine). Ces derniers les éliminent, les œufs éclosent alors dans l’eau et sont ensuite avalés par ces poissons que l’on retrouve dans nos assiettes. La larve passe généralement inaperçue et provoque - au bout de quelques heures - des douleurs gastriques, des nausées et vomissements ainsi que des diarrhées. L’apparition de ces symptômes après la consommation de poisson doit toujours conduire à une consultation rapide pour éliminer les parasites : dans le cas contraire, la larve se fixe dans l’intestin grêle et continue d’altérer l’état général (alternance de diarrhées et de constipation), jusqu’à ce que le diagnostic soit établi : une intervention chirurgicale est alors nécessaire. Pour prévenir les risques, le poisson doit être cuit à 70°C ou congelé pour détruire les larves.

L’autre danger spécifique est dû au bothriocéphale. Ce taenia se distingue par sa grande taille (il peut atteindre une dizaine de mètres) et il contamine les poissons d’eau douce comme la lotte ou le brochet. La transmission à l’homme se fait lors d’une consommation de chair fumée ou peu cuite. Les symptômes sont les troubles du transit comme des nausées ou vomissements ainsi que des douleurs abdominales et un amaigrissement par effet de spoliation sur l’alimentation. On détecte sa présence par l’analyse des selles et le traitement repose sur la prise de comprimés ténicides

La turista

Suivre la migration des gnous et des zèbres dans les pâturages Kenyans, découvrir les volcans de Tanzanie ou parcourir à cheval les plus belles réserves africaines sont quelques uns des safaris prisés par beaucoup de touristes aventuriers. Il est vrai que le Kenya et la Tanzanie forment la concentration de faune sauvage la plus importante du monde : les animaux y vivent toujours en liberté dans d’immenses territoires (trois fois la taille de la France).

Quand on rêve de découvrir ces paysages, il est plus que dommage de voir son aventure gâchée par ce qu’on appelle la turista, la diarrhée du touriste. En effet, plus d’un tiers des voyageurs la subissent au cours de leur séjour dans un pays tropical. On l’éprouve généralement dans les pays à bas niveau d’hygiène d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Sud et du Moyen-Orient. Même si elle est la plupart du temps sans gravité, elle conduit une fois sur trois à un alitement de quelques jours... et la sanction tombe : adieu lion, zèbre, léopard, éléphant.

La turista apparaît habituellement au début du séjour et dure de 1 à 5 jours. Sont en cause les aliments contaminés et les boissons non sûres.

Les règles de prévention

Pour s’en prémunir il est nécessaire de toujours bien se laver les mains avant les repas et après s’être rendu aux toilettes. S’il n’y a pas d’eau à disposition, utilisez les gels bactéricides sans eau que vous trouverez en pharmacie.

De plus, ne buvez que des boissons contenues dans des bouteilles que vous décapsulez par vous-même. Si vous partez en balade toute la journée, faites des réserves d’eau avant de partir car vous n’êtes pas sûr de trouver de l’eau de qualité sur votre chemin (évitez l’eau du robinet). Faites également attention aux menus des restaurants locaux tout comme ceux des grandes chaînes d’hôtels : si vous pouvez consommer sans crainte particulière le pain, les fruits épluchés par vos soins, le miel et les boissons chaudes (café ou thé), sachez en revanche que seuls les viandes et poissons cuits et servis chauds sont sans danger. Évitez les fruits de mer, les crudités, les légumes crus non lavés à l’eau pure ainsi que les glaces.

Mais si vous respectez ces règles de prudence et de bon sens, cela ne doit pas vous empêcher de goûter les produits locaux ! Aller à la découverte d’un ThiepBouDien sénégalais (plat typique a base de mérou, chou blanc, riz et manioc) ou d’une Dulce de Leche argentine (confiture traditionnelle au lait de vaches élevées à l’air libre de la Pampa) fait partie des plaisirs que l’on peut s’offrir lors de ces voyages, si les conditions sanitaires sont réunies.

En cas de turista

Si malgré tout la maladie se déclare, utilisez l’antidiarrhéique que vous aurez prudemment glissé dans vos bagages qui vous aidera à ralentir le transit intestinal et à réduire les sécrétions intestinales.

La réhydratation est aussi nécessaire : pensez riz, pommes de terre, pâtes, bananes, boisson gazeuse mais aussi thé et gâteaux salés. Supprimez les aliments riches en fibres (fruits et légumes) et les graisses. Mais quand la diarrhée est accompagnée de fièvre et de saignements, demandez l’avis d’un médecin qui pourra décider d’un traitement antibiotique.

L’incontournable trousse à pharmacie

La trousse de secours est un élément indispensable à glisser dans vos bagages et à garder sous la main tout au long du séjour. Son contenu varie selon votre destination, la durée du voyage et votre profil personnel.

Votre pharmacien vous aidera à la composer de façon pratique parmi la liste d’éléments suivants :

- une paire de ciseaux, un thermomètre, une pince à échardes, des épingles à nourrices, un aspivenin, une couverture de survie ;

- des pansements : du sparadrap, des compresses stériles, des pansements hydrocolloïdes pour les ampoules, du tulle gras, des pansements adhésifs ;

- des bandes de gaze et de contention ;

- un antiseptique, de l’eau oxygénée ;

- du paracétamol (éviter les formes à dissoudre nécessitant un verre d’eau), un médicament contre le mal des transports, contre la diarrhée, des crèmes contre les brûlures, un antiallergique, une crème solaire adaptée, etc.

Philippe Wolff


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