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N°13 - sept 2000 > CONSEILS PRATIQUES

La douleur n’est plus acceptable

Le malade, un vrai patient.

Signe des temps, la douleur n’est plus acceptable alors qu’elle a fait longtemps partie de notre civilisation judéo-chrétienne : " tu enfanteras dans la douleur " et où souvent, elle était assimilée à la rédemption. Le deuxième obstacle à son traitement était médical : elle a été longtemps considérée comme un signal d’alarme nécessaire pour évaluer une pathologie et son intensité. Sans compter qu’il était de règle commune que certains prélèvements, certains soins dentaires faisaient souffrir. Quoi de plus significatif à cet égard que le terme de "patient" choisi pour un malade : c’est en effet celui qui supporte, qui patiente.

Mais les idées évoluent, et depuis 1995, la loi Neuwirth a introduit la prise en charge de la douleur des patients, et les universités de médecine l’ont inclue dans le programme de la seconde année.

Car si d’un sens moral, aucune douleur n’est justifiable, il s’avère que cela peut même porter tort au malade. Elle provoque en effet un état de dépendance et un véritable traumatisme qui va créer une mémoire biologique dans l’organisme, à peu prés comme le fait l’allergie. Il faut donc non seulement traiter la douleur, mais la traiter rapidement (anticiper une crise de migraine est déjà à moitié la guérir).

De nombreux moyens médicamenteux et médicaux adaptés à chaque cas, permettent un soulagement efficace et rapide pour traiter non pas la douleur mais des douleurs. C’est pour cerner chaque spécificité que vous donnerez à votre médecin et à votre pharmacien toutes les précisions sur ce que vous ressentez afin qu’il puisse vous conseiller le plus efficacement possible.

Soulager les maux de tête : d’abord les déterminer

Les céphalées, nom médical des maux de tête, sont des douleurs de la boîte crânienne, et si elles sont banales et répandues, leur traitement est soumis à une recherche précise des origines qui peuvent être très diverses.

* Vous êtes stressé, fatigué, contrarié, vous ressentez une douleur moyenne due aux muscles péri-crâniens qui se contractent : c’est une céphalée de tension. Ces maux devraient rapidement disparaître après la prise d’un antalgique simple et un repos au calme.

* Vous avez une grippe ou un rhume, une rhinite, bref une maladie infectieuse, votre tête est aussi douloureuse. Si vous avez de la fièvre, un anti-douleur utile également comme anti-fièvre (antipyrétique) sera conseillé (aspirine, paracétamol, ibuprofène à voir avec votre médecin ou votre pharmacien) avec les soins adaptés pour chaque pathologie.

* Votre nez coule, vous éternuez et vos pommettes ou les points au dessus de vos sourcils sont sensibles, vous avez une sinusite. Vous consulterez votre médecin pour des examens complémentaires

* Vous êtes resté trop longtemps devant la télévision, vous avez trop surfé sur internet : vos globes oculaires sont douloureux, autour des paupières et vers la nuque. Votre céphalée est due à une fatigue ou un problème oculaire (une hypermétropie ou un astigmatisme). En dehors des antalgiques classiques, passer une visite chez votre ophtalmologiste pour corriger éventuellement des défauts de vision par des lunettes.

* Vous avez fait la fête, abus de bonne chère et de bons vins, vous avez "la tête comme un ballon" et une indigestion. Diète forcée, repos nécessaire, anti-douleurs. Evitez à l’avenir l’abus sous toutes les formes : alcool, tabac, repas copieux.

* Une arthrose cervicale (dégénérescence chronique de l’articulation) créé une tension de la nuque avec douleur lancinante. Les traitements sont à base d’antalgiques, ceux-ci ayant une action anti-inflammatoire : ibuprofène ou aspirine conseillé par votre médecin ou votre pharmacien. Le repos, une gymnastique douce et la kinésithérapie ont un apport bénéfique.

* Une hypertension se manifestera par une douleur dans la nuque et de préférence le matin. Faites vérifier votre tension artérielle.

Attention

Aux maux de tête qui débutent brutalement, il peut s’agir d’une poussée d’hypertension ou d’une manifestation de formes de méningites. Lors de céphalées intervenant après un choc ou une chute, consultez rapidement, surtout si vous ressentez des nausées.

Les céphalées sont à distinguer des migraines à la douleur intense située d’un seul côté de la tête, pulsatile, accompagnées de nausées et d’intolérance au bruit et à la lumière. Après consultation, votre médecin décidera alors d’un traitement spécifique de la migraine, délivré uniquement sur prescription.

En tout état de cause, une vie équilibrée et stable est la meilleure des préventions : horaires réguliers (même le week-end), détente, relaxation, suivi médical.

Soulager les maux de dents : d’abord contrôler

Les maux de dents n’attendent pas non plus le nombre des années et bien souvent, les dents nous agacent, alors qu’elles ne sont pas encore là. Déjà, en tant que nourrissons, nous sommes les victimes innocentes de ces dents qui veulent percer... Un massage des gencives avec un baume calmant et un antalgique léger pour nourrissons (paracétamol) évitera des souffrances et des insomnies.

* La carie est une lésion définitive des tissus dentaires durs qui ne se régénèrent pas. Elle est provoquée par trois facteurs :
- la plaque dentaire(microbes et débris alimentaires)
- L’alimentation (lorsqu’elle comprend trop de glucides)
- Un terrain défavorable.

La prévention est le meilleur des traitements et s’oriente selon quatre grands axes : 1. Un brossage efficace des gencives vers les dents 3 fois par jour après les repas (durant au moins deux minutes)

2. L’hygiène alimentaire, en évitant les grignotages, les sucres inutiles. Croquer des fruits permet un massage naturel des gencives

3. L’usage du fluor : dentifrice, comprimés etc. Les bains de bouche sont conseillés surtout après 50 ans où la cavité buccale est plus exposée aux infections et inflammations, la salivation (au pouvoir bactéricide important) diminuée, et l’entretien des prothèses bien suivi

4. Un examen tous les 6 mois de votre dentition par votre chirurgien dentiste.

Si cette démarche est bien suivie, vous ne serez pas contraints lors de douleurs insupportables (les rages de dents sont très douloureuses) et en attendant de consulter votre dentiste, de prendre des antalgiques qui vous apporteront un soulagement certain, mais sans traiter la cause. Pour les douleurs dentaires , votre pharmacien vous conseillera de l’ibuprofène ou du paracétamol, l’aspirine étant à éviter en cas d’extraction dentaire, à cause de ses propriétés de fluidifiant sanguin, risquant d’augmenter les saignements.

* Les dents rendues sensibles suite à une usure de l’émail ou à un début de déchaussement provoquent des réactions de douleur au chaud et au froid. En effet, l’émail s’use lors de mauvais brossages, de traumatismes, de consommations importantes d’aliments acides. Le déchaussement de la dent peut être causé par le vieillissement ou une maladie due à la plaque dentaire ou le tartre, qui suite à une mauvaise hygiène se glisse entre la dent et la gencive et oblige cette dernière à se rétracter. Un bout de la racine est mis à nu et la douleur qui en découle est plus ressentie chez les sujets jeunes qu’âgés. Votre dentiste peut obturer les canaux contenant les filaments nerveux, transmetteurs de douleur et vous conseiller des dentifrices spécifiques pour les dents sensibles.

Les gencives peuvent gonfler et rougir sous le coup d’une inflammation due à la plaque dentaire et au tartre, en cas de manque d’hygiène : c’est une gingivite, qui vous fait saigner lors de brossages. Si elle n’est pas soignée avec un dentifrice approprié et des bains de bouche (permettant aussi d’atténuer la douleur de l’inflammation), elle peut atteindre le ligament et l’os : c’est une parodontite. Certains médicaments peuvent provoquer des affections gingivales. Questionnez votre pharmacien !

Attention

Négliger ses dents peut avoir des répercussions sur votre organisme !

Soulager les douleurs musculaires : d’abord se préparer

Dans les douleurs musculaires, la prévention est aussi importante et découle du sens commun :
- ne pas faire d’effort à jeun, boire toujours énormément,
- ne pas faire de sport sans s’être préparé,
- arrêter un effort si l’on ressent notamment une fatigue ou des douleurs thoraciques,
- enfin, ne pas oublier les étirements et la relaxation.

* Les courbatures surviennent quelques heures après un effort inhabituel et diminuent en 2 ou 3 jours ; Bien se préparer et faire de l’exercice régulièrement permet de les éviter. Elles cèdent aux antalgiques par voie orale et aux gels en massages.

* Les crampes et le torticolis, si désagréables et à la douleur vive sont dus à la contraction exagérée du muscle mais sans lésion de ce dernier. Entraînement suffisant, apport en vitamines B en sodium et potassium et bonne hydratation sont préventifs. Le traitement se fait par le repos, un apport de chaleur, des antalgiques, des pommades décontractantes.

* L’élongation correspond à un étirement du muscle sans déchirure, il faut appliquer de la glace (cryothérapie) puis une contention durant quelques jours. Le repos est nécessaire durant une dizaine de jours et des antalgiques pour la douleur ainsi que des pommades à effet révulsif.

* Le claquage d’un muscle est la rupture de fibres musculaires qui se signale par une douleur intense, en "coup de poignard", créant un hématome. Les soins dispensés par un médecin consistent en coussin de glace, pommades, strapping (bandage de contention semi-rigide ou souple), anti-douleurs. Pas d’étirement ni d’élongation dans ce cas !

Après une activité inhabituelle, un faux mouvement, une douleur vive peut apparaître avec une tuméfaction au niveau des tendons, notamment chez les sportifs. Au niveau du coude, c’est le tennis-elbow, derrière le talon c’est la tendinite d’Achille et celle de la rotule (pour les footballeurs). Les soins peuvent se poursuivrent durant 2 mois avec des infiltrations et des traitements antalgiques et anti-inflammatoires (ibuprofène). Un soutien par une contention appropriée peut soulager (genouillère, chevillère).

Soulager le mal de dos : d’abord se muscler

Du à des problèmes de ligaments et de muscles, le dos fait souffrir 2 français sur 3. Les causes en sont un travail sédentaire, des postures mal adaptées, le stress, l’obésité, la grossesse et le tabagisme (dégénérescence des disques constatée chez les fumeurs). Ces douleurs pourraient donc être prévenues dés l’enfance
- En évitant le port de cartables lourds
- En se musclant par des exercices réguliers
- En modifiant certaines positions pour soulever un paquet , jardiner... en utilisant ses jambes
- Préférer un matelas ferme mais qui épouse les formes du corps et un oreiller standard.

* Les lombalgies représentent 20 % des causes d’arrêt de travail et les femmes sont plus touchées que les hommes. Il y a les métiers à risque : chauffeur, terrassier, maçon, les métiers de bureau avec une position assise prolongée... En cas de lombalgie aiguë, il est recommandé de dormir, couché de côté sur un plan dur, avec un traitement contre la douleur.

* Le lumbago : on l’appelle communément tour de reins. Il bloque en général tout mouvement et déclenche une douleur très vive. C’est un peu " l’entorse du dos " suite à un effort, une chute, un mouvement brutal de rotation du dos : c’est le blocage. L’évolution est favorable en quelques jours mais la récidive et la chronicité sont fréquentes. Outre le traitement antalgique par anti-inflammatoires non stéroïdiens (type ibuprofène) parfaitement adaptés à cette douleur et des pommades décontractantes, le port d’une ceinture peut vous aider en diminuant l’amplitude des mouvements et corrigeant les mauvaises positions.

* L’hernie discale : une complication de la lombalgie, est une fuite de la substance qui constitue le noyau du disque, situé entre deux vertèbres, suite à un déplacement des disques. Elle est due soit à l’arthrose, soit à un traumatisme. La douleur justifie un traitement par des antalgiques ou des anti-inflammatoires, des massages, une immobilisation.

* La sciatique : c’est une complication de la lombalgie. La douleur est provoquée par le nerf sciatique, suite à une compression d’une racine nerveuse sous l’effet d’une hernie discale.

D’autres affections du dos sont douloureuses lors de l’effort et atténuées par le repos :

* La scoliose est une déviation latérale de la colonne vertébrale et la pression exercée sur les disques intervertébraux créé la douleur. Gymnastique rééducative, kinésithérapie et antalgiques sont les remèdes. La prévention est évidente dès le jeune âge : cartables au dos, tenue droite, bonne position au bureau.

* L’hyperlordose : c’est la cambrure exagérée qui provoque les douleurs du dos (typique de l’état de grossesse) touchant aussi les personnes en surpoids. C’est une douleur de fatigue d’origine musculaire, liée à la contraction des muscles.

Ne pas oublier qu’une bonne musculature est le meilleur soutien de votre dos et que pour le protéger, il faut savoir bien utiliser ses jambes !

Soulager les douleurs des règles : d’abord apaiser

Le syndrome prémenstruel est l’ensemble des symptômes physiques et psychiques de la période précédant les règles. Ce sont des troubles communs à la plupart des femmes, appelés médicalement " dysménorrhées ". Ils s’accompagnent de troubles digestifs, nervosité, céphalées, fatigue et s’atténuent en général après 25 ans et la première grossesse. On distingue les dysménorrhées primaires de l’adolescente -les plus fréquentes- et celles secondaires chez la femme n’ayant pas eu de problèmes de douleur auparavant.

* Les dysménorrhées primaires sont plus fréquentes :
- si les premières règles sont précoces,
- si il y a déjà un antécédent familial,
- l’influence psychologique est importante et un mauvais cursus scolaire ou professionnel, un affectif sensible, le refus de la féminité peuvent jouer aussi un rôle.

* Les dysménorrhées secondaires ont d’autres causes à déterminer par le gynécologue
- l’endométriose, fragments de tissus en dehors de l’utérus qui évoluent comme l’endomètre à chaque cycle,
- les infections génitales (inflammation du col de l’utérus, pertes anormales) à analyser lors d’un examen gynécologique,
- certains fibromes
- le port d’un stérilet
- une anomalie de position de l’utérus.

La douleur peut se manifester sous forme de crampes légères, mais aussi de douleur invalidante spasmodique, due aux contractions du muscle pelvien. Elle est provoquée par une sécrétion abondante de substances hormonales : les prostaglandines. Les médicaments anti-prostaglandines comme les pilules et les anti-inflammatoire non stéroïdiens (AINS comme l’ibuprofène) sont parfaitement aptes à traiter ces douleurs.

1. Dans un premier temps on calmera la douleur par des antispasmodiques (demandez conseil à votre pharmacien) ou des anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène, bloquant la synthèse des prostaglandines. Ils sont efficaces et doivent être pris dès le début des règles et durant au moins 48 heures.

2. Si les douleurs persistent, un traitement par une contraception orale peut être envisagé avec le gynécologue, qui s’assurera éventuellement par échographie que tout est en ordre. La pilule bloquera l’ovulation et stoppera le processus douloureux (efficace à 80 %) en prévenant aussi le risque de grossesse.

Josette Prim





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