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Le bonheur, médicament générique sans doses maximales à ne pas dépasser

La littérature, la presse, les médias sont remplis d’essais sur le bonheur, comme si, en ces temps de grisaille, un coup de pinceau rose allait remettre la bonne humeur dans les cœurs. Si la recherche du bonheur est humaine – à distinguer d’ailleurs du plaisir – elle ne doit pas devenir une recherche désespérée. Mais il s’avère, avec preuves à l’appui, que vivre heureux est un gage de longévité et de bonne santé. On connaissait déjà le rôle du mental dans la résistance du corps, mais un mental heureux dépasserait toutes les avancées thérapeutiques. Alors comment parvenir à cet état de félicité  ?

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Pessimisme, méchanceté et stress  : bonjour les maladies  !
Cela fait un peu partie du bon sens mais va tout de même un peu plus loin  : le moral joue sur nos sens et sur notre corps. Une personne profondément pessimiste, sans but dans la vie, pourra basculer dans la mélancolie, l’agressivité et même dans la dépression. En voyant toujours que la moitié vide du verre, elle perdra l’objectivité de sa situation et l’estime d’elle-même.

De même l’envie portée vers les personnes qui l’entourent ne peut amener que la cohorte des humeurs, irritations, insomnies, ulcères d’estomac, toute une kyrielle de maux psychosomatiques ou réels déclenchés par cette «  bile  ».

La méchanceté, antichambre de la solitude et du mal être est un combat perdu d’avance dont votre corps en sera la victime. Toutes les enquêtes démontrent que, en dehors du revenu nécessaire pour satisfaire ses besoins vitaux, ce qui importe le plus pour se sentir heureux, c’est l’amitié, les parents, la vie amoureuse, en un mot c’est l’autre… Partout dans le monde, quelles que soient les cultures, la vie affective est le facteur déterminant pour être heureux.

Quant au stress, le mauvais, celui qui vous met dans une place au dessus de vos moyens ou dans une situation permanente d’échec, c’est maladies cardiaques, maladies de peau, insomnies qui se profilent à l’horizon. C’est l’anti-bonheur. Il fragilise notre corps et peut favoriser l’émergence de plusieurs maladies, de la dépression aux infections en passant par l’hypertension. Mais aujourd’hui, il est accusé de nouveaux maux  : troubles de la mémoire, fausses-couches, asthme… Le stress est même mauvais pour la mémoire  !

Une alimentation malheureuse
C’est bien connu, même les proverbes le disent. Quand on est heureux, on peut vivre «  d’amour et d’eau fraîche  » alors que les contrariétés, les situations de stress et d’affliction peuvent avoir un impact direct sur la ligne, chez les femmes du moins. D’après des scientifiques américains, les femmes mangent préférentiellement des produits gras après un événement stressant. Elles pourraient ainsi grignoter jusqu’à deux fois plus de produits assez caloriques (fromage, chips, chocolat...) en cas de stress. Cela expliquerait pourquoi certaines femmes ont tendance à grignoter. Curieusement, les hommes ne semblent pas réagir de la même manière et ne modifient pas leurs habitudes alimentaires après avoir vécu des tensions. Peut être tout de même leur comportement est modifié au niveau des boissons alcoolisées qui permettent d’oublier les soucis, les frustrations et donnent une impression de puissance en mettant de côté les complexes. Donc là aussi le bonheur est source de diététique donc de santé  !

Le bonheur se cherche t-il  ?
L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a cherché à évaluer comment le sentiment de bonheur des 63,8 millions de Français (chiffre au 1er janvier 2008) évoluait au cours d’une vie de plus en plus longue. Le sentiment de bien être décroît jusqu’à la quarantaine avant de «  connaître son apogée entre 65 et 70 ans  » on a révisé ses attentes, acquis de l’expérience et de la sagesse, puis de décliner au-delà de 70 ans, (perte du conjoint ou d’un proche, problèmes de santé). Ainsi la courbe du bonheur ne suit pas la courbe du revenu qui est à son maximum vers 45 ans.

L’erreur souvent remarquée est de chercher désespérément le bonheur et cela dans des objets ou d’autres buts qui vite vont nous lasser. Après la première bouffée de bonheur donnée par sa nouvelle voiture, l’euphorie va retomber, car nous nous habituons à toute amélioration de notre sort que l’euphorie première évanouie, nous revenons à notre point de départ.

Le bonheur ne se cherche donc pas désespérément ailleurs dans les classiques références comme l’argent, la réussite sociale, la beauté de mannequin, mais se trouve bel et bien en soi et dans l’acceptation de la réalité qui nous entoure et en harmonie avec notre personnalité.

Ne pas confondre plaisir et bonheur
Déjà dans l’antiquité grecque il y avait 2 sortes de conceptions du bonheur. Les hédonistes qui prônaient la satisfaction immédiate des plaisirs. Les eudémonistes, eux, pensaient que le bonheur naissait d’un sentiment d’accomplissement dans la vie. Nous trouvons toujours ceux qui assimilent le bonheur au bien-être et d’autres sur le sens.

Le Docteur Lecomte (auteur de l’introduction à la psychologie positive) pense que le bonheur n’est pas seulement une sensation de bien-être mais doit s’appuyer sur certaines valeurs, croyances, projets à mener. De même une voie entièrement consacrée à l’engagement sans aucune satisfaction ne serait pas pleinement heureuse. Il faut les deux. Car profiter des plaisirs donnés uniquement par les sens comme les épicuriens serait trop superficiel et insatisfaisant.

Le bonheur est une notion beaucoup plus profonde et qui a des retentissements positifs importants sur notre vie et notre santé.

Pour ouvrir la porte du bonheur, ce ne sont pas les clefs qui manquent Pendant plus d’un siècle, on s’est focalisé sur la souffrance mentale, en cherchant à analyser les causes du mal-être. Les nouveaux psychologues cherchent aujourd’hui comment développer notre capital bonheur et les clefs pour y parvenir.

Car les chercheurs l’ont démontré avec expérience, l’aptitude au bonheur peut se cultiver. On peut s’entraîner à se forger une solide confiance en soi, apprendre à éprouver empathie, curiosité, bienveillance ou paix. On peut devenir une personne heureuse.

Il y a des prédispositions à la joie ou à la déprime. Mais, que l’on se rassure, le tempérament n’est lié à l’héritage génétique qu’à hauteur de 50 %. Le point le plus important à retenir est que les notions comme être beau ou laid, riche ou pauvre, jeune ou vieux, fort ou faible, ne déterminent que 10 % de notre «  capital bonheur  ». Les 40 % restants, doivent tout au «  facteur personnel  », c’est-à-dire à notre façon de penser et d’agir.

La directrice d’un labo de psychologie positive à l’Université de Californie, met en avant douze règles qui faciliteraient le bonheur. Parmi celles-ci le fait d’exprimer sa gratitude, de s’émerveiller, d’apprécier ce qu’on a, de se réjouir de ce qu’on vit, d’éviter de se comparer à autrui. Enfin, pratiquer de petits actes de générosité, apprendre à pardonner... ou encore cultiver consciencieusement l’amitié.

Une ordonnance pour le rire
D’une vingtaine de minutes par jour en 1939, nous sommes passés à six minutes au début des années 80 et à peine 60 secondes pour plus d’un tiers des adultes de nos jours. Quel dommage  !

Car rire cause toute une série de réactions bénéfiques à notre organisme. C’est un excellent exercice musculaire. Cela met en jeu une douzaine de muscles sur le visage : paupières, lèvres, pommettes, cou... sans effort. Le coeur accélère la cadence et les vaisseaux se dilatent. C’est ainsi que tout le système vasculaire est stimulé. Ça se répercute sur l’abdomen, provoquant des contractions luttant entre autres contre la constipation, accélérant la production de sucs gastriques et d’enzymes nécessaires à la digestion. Le rire fait travailler le diaphragme et augmente la quantité d’air pénétrant dans les poumons. Mieux qu’un jogging ou un tennis.

En plus, les tensions physiques s’évacuent car le cerveau libère des endorphines, les hormones du plaisir, une sorte de morphine naturelle et on se sent bien. Il est reconnu que les personnes qui vivent le plus longtemps ont un tempérament très optimiste.

Pour une fois, écoutons les statistiques
D’après les études, les femmes sont plus heureuses que les hommes, ainsi que ceux qui sont mariés, ceux qui ont un travail, une religion, une famille, des amis et un engagement associatif. Quant au palmarès des pays européens, c’est le Danemark qui remporte la palme du bonheur.

D’après un sondage de la Sofres c’est la famille qui apporte le plus de satisfaction, puis les enfants et ensuite la santé, le travail ne venant qu’en 7e position. Pour résumer toutes les pensées actuelles et les ressentis, il ressort des enquêtes que le bonheur est un besoin de simplicité dont la recherche devra s’adapter à chacun d’entre nous.

Mais, d’une manière générale, le facteur déterminant c’est l’engagement au service d’autrui et la sensation d’être UTILE (quelque soit le milieu familial, professionnel, associatif) qui crée une satisfaction irremplaçable et l’accession au bonheur. Alors, Servir son capital santé en servant les autres, n’est ce pas un magnifique dessein ?

Les philosophes du bonheur
Les philosophes de l’Antiquité ont très tôt considéré que le bonheur est la fin ultime de la philosophie  ; la recherche de la vérité et de la sagesse est surtout un moyen pour approcher le bonheur. Cette conception, s’appelle l’eudémonisme.
> Aristote : le bonheur est le souverain bien. Il consiste, pour chaque être, à remplir la fonction naturelle qui lui est propre. Cet accomplissement s’accompagne de plaisir, car le plaisir naît de la perfection de l’activité, quelle est la fonction propre à l’homme, la finalité qui lui procurera le bonheur. La fonction qui procurera le bonheur est selon lui la raison, l’activité de l’intellect.
> Épicure place le bonheur dans les plaisirs simples et la fuite des souffrances. La philosophie d’Épicure le conduit à un comportement qui favorise l’équilibre psychique et corporel.
> Stoïcisme : pour le stoïcien, le bonheur consiste à rester maître de soi quels que soient les événements. Ainsi, au contraire de l’épicurisme, le bonheur découle de la vertu.
> Kant dit que l’on ne saurait être moral si l’on est trop malheureux  ; ce qui est pratiquement dire que l’on ne fait le bien que dans le bonheur. Par contre il est très difficile de déterminer ce qui nous rend heureux.
> Pascal : pense que nous ne pouvons pas vivre le bonheur dans le présent car nous l’attendons et nous craignons qu’il ne dure pas. Le bonheur est aussi un bonheur matérialisé par des actes. Pour lui, il n’est de bonheur dans notre vie que dans l’espérance d’une autre vie.

Josette Prim


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