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Le Girofle : le clou des épices
Le giroflier Eugenia Caryophyllata (selon C.Spreng, Bull. et Harr.) ou Syzygium aromaticum (selon L. Merril et L.M. Perry) fait partie des Myrtacées. Il est originaire des îles Moluques et cultivé en Tanzanie, à Madagascar ainsi que dans l’ouest de l’Inde et au Brésil. C’est un arbre dense, de 10 à 15 mètres de haut, qui peut vivre plus de 100 ans, à feuilles effilées vert foncé et boutons floraux crème, virant au rouge lorsque les étamines tombent. L’arbre commence à porter des fruits seulement vers sa 7e année d’existence mais il atteint rarement la floraison, car les boutons floraux sont cueillis avant l’apparition des pétales. Chaque arbre produit environ 34 kg de clous de 13 à 19 mm de long. Les « clous » sont ensuite séparés du pédoncule qui est conservé pour extraire l’huile essentielle. Puis, ils sont séchés au soleil pour passer d’une couleur brun roux à brun foncé. Déodorant en Chine,épice et médicament en EuropeLe clou de girofle est une des plus anciennes épices connues. Les chinois connaissent ses propriétés médicinales bien avant l’ère chrétienne, aux alentours du IIIe siècle avant Jésus Christ et à la cour de la Dynastie Han, les courtisans l’utilisent pour se purifier l’haleine avant de voir l’empereur. Cultivé par les Hollandais dans l’archipel des Moluques il fut introduit en contrebande vers le IVe siècle à l’île Maurice par les français puis à la Réunion, aux Antilles, à Cayenne et à Zanzibar. En Europe, il fut très vite convoité et devint très prisé au même titre que la cannelle ou la muscade. Un manuscrit grec de Dioscoride (en 1228) le cite également comme médecine. Au Moyen-Âge, le clou de girofle est particulièrement apprécié et utilisé (piqué dans des oranges) en protection contre les épidémies comme la peste, mais aussi comme conservateur des viandes. Antiseptique avant l’heure !Cette vertu tient à la composition de la plante dominée par l’huile essentielle présente à une teneur remarquablement élevée : 15 à 20 % dans le bouton floral séché. Les principaux constituants de l’huile essentielle sont l’eugénol (jusqu’à 85 %), l’acétyl eugénol, le salicylate de méthyle, le pinène, la vanilline. Des gommes et des tanins se trouvent également dans cette plante. Parfumé et pharmaceutiqueLongtemps, le girofle est resté dans les recettes pour conserver les chairs à destinée alimentaire comme aussi pour embaumer les cadavres... La notion d’antiseptique était née avant celle de microbes ! L’huile de girofle, distillat de feuilles et de clous, est aromatique, insecticide et antiseptique... De nos jours, en Europe, il entre dans la composition de parfums cosmétiques, de cigarettes et d’anesthésiques. Une émulsion de girofle à 1 % est 3 à 4 fois plus antiseptique que le phénol, aussi on va retrouver le girofle et son huile essentielle dans nombre de formules de l’ancienne pharmacie : alcoolats de Fioravanti, de Garrus, de Mélisse composé, Laudanum de Sydenham. Le girofle passait pour réduire les maux de tête et la surdité, lutter contre l’hydropisie et la goutte, exciter l’appétit et sur-activer les glandes digestives à tous les niveaux. Cela me rappelle le dentiste...Riche en tanin, il contient également un principe « antidouleur » et un bactéricide, l’eugénol. Introduit tel que, dans une molaire, une canine ou une incisive malade, il chasse la douleur avant de consulter son dentiste. Classiquement, l’huile essentielle de girofle était introduite en pansement dans la cavité des dents creusées et servait ainsi à réduire la douleur de façon locale tout en nettoyant le foyer infectieux. Mais de nos jours, l’odontologie moderne a tendance à se méfier des effets coagulants de l’eugénol et réduit ses indications au bénéfice d’autres produits antiseptiques ou antibiotiques mieux tolérés.
Josette Prim |
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